R​eportage de Thomas Goisque

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Avec les paras du 8e RPIMa au nord Niger lors de l'opération Kounama VI

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Dans VSD cette semaine : au nord Niger, les paras traquent les djihadistes

Depuis plus d’un an, l’armée française intervient dans une vaste bande sahélo-saharienne aussi grande que les Etats-Unis. Déployée avec 3 500 hommes dans cinq pays, la force Barkhane a succédé à la brigade Serval qui a acculé les djihadistes dans leurs derniers bastions du nord Mali.

Avec le largage des légionnaires parachutistes sur Tombouctou en janvier 2013, les actions aéroportées ont prouvé leur efficacité : discrétion et surprise, rapidité et ubiquité. Pour couper les flux d’approvisionnement des groupes armés terroristes du nord Mali, le 8e RPIMa vient d’être largué sur la zone des trois frontières Niger - Algérie - Libye. C’est l’opération Kounama VI

Un reportage à retrouver cette semaine dans le magazine VSD 
et dès maintenant sur son site internet : http://www.thomasgoisque-photo.com/site.php…#

Les deux aéronefs de l’Armée de l’Air – un Transall et un Hercule - glissent souplement à 250 mètres au-dessus des dunes tièdes. Partie de N’Djamena, une patrouille de Rafales les précède, les pilotes s’assurent avec leur caméra thermique que la drop zone est claire. Un drone Reaper qui a décollé de Niamey rôde au-dessus des nuages. La nuit est noire, de niveau 5, sans lune. Les appareils viennent de survoler la mythique Passe de Salvador et s’approchent de la zone des trois frontières, ce confins de sable et de rocaille lunaire à la croisée de l’Algérie, de la Libye et du Niger où la nature est si inhospitalière que seuls s’y aventurent les trafiquants alimentant les réseaux terroristes du nord Mali.

Il est 21h, la lumière verte vient de s’allumer. Le souffle sec du désert pénètre dans les entrailles du C-130. Un à un, les marsouins du 8e RPIMa* se laissent glisser, comme aspirés par la pénombre chaude. Le colonel Vincent Tassel, leur chef, est parmi eux, à la tête d’un petit état-major. Par les portières latérales, les deux sticks disparaissent englouties en quelques secondes, rythmé par le « Go ! » crié par les largueurs. Pour ces 75 parachutistes français de la force Barkhane, l’opération Kounama VI* vient de commencer.

Le ronronnement de l’avion s’éloigne, les pépins claquent à l’ouverture, il n’y a pas de temps à perdre. La voilure principale doit être soulagée pour contenir la lourde charge, les soldats ouvrent donc le parachute de secours et se laisser glisser sous les deux coupoles de soie. Puis à 30 mètres du sol, il faut se délaisser de la lourde gaine - 40 kilos – que les paras portent entre leurs jambes. Au bout d’une sangle de six mètres, elle contient le gilet pare-balles, le sac à dos rempli de munitions et de poste de radio, de rations de combat et surtout de bouteilles d’eau car il faudra tenir plusieurs jours. L’impact de la gaine dans le sable indique l’imminence du choc, il faut alors lever les coudes, serrer les jambes, baisser la tête.

La zone de saut - une immense dune - est rapidement mouchetée de toiles blanches. En silence, les sections se reforment grâce aux jumelles d’intensification de lumière que chaque homme porte, sanglées sur son casque. Pour ne pas trahir leur présence, une source lumineuse infra-rouge indique à chacun le point de ralliement. Les parachutes sont alors enterrés dans la dune et l’infiltration peut commencer, elle devra être terminée avant le lever du jour. Grâce à leur GPS, les hommes progressent dans les wadis en silence pour rejoindre leurs positions distantes d’une quinzaine de kilomètres. Les différents points d’appui forment un vaste maillage dans lequel le commandement espère voir tomber les pick-up des Groupes Armés Terroristes (GAT). En plus des sections de combat, les avions ont largué des gaines collectives dans lesquelles les paras ont glissé de l’armement plus lourd : missiles anti-char, mitrailleuses 12,7 mm, fusils mitrailleurs Mag 58. Les tireurs d’élite portent chacun leur arme de précision. De quoi stopper l’avancée des pick-up. Encore faut-il qu’ils pénètrent dans le piège. Le jour pointe enfin son azur poudré, les paras sont là, postés. L’embuscade est tendue mais la nasse est immense, la longue attente commence.

Plus au sud dans le creux d’un vallon, le PC du groupement tactique est installé loin des regards entre deux véhicules blindés couverts de camouflage. Ils sont montés la veille en convoi depuis le fort de Madama à 270 kilomètres de pistes affreuses. Deux hélicoptères Puma sont là, en alerte prêts à décoller. Grâce à des capteurs GPS, le Lieutenant-colonel Pierre qui conduit les opérations a suivi la progression de ses hommes dans la nuit. Par radio, il sait qu’aucun blessé grave n’est à déplorer, juste quelques contusions soignées sur place par le doc. « Certains ont impacté sévèrement le sol mais aucun n’est à évacuer, ce qui nous laisse encore l’avantage de la surprise » nous confie-t-il. Plus loin dans un autre repli de terrain, l’escadron blindé du 3e Régiment de Hussard est lui aussi en alerte. Avec leurs VBL (Véhicule Blindé Léger), accompagnés des pick-up des FAN, les Forces Armées Nigériennes, ils sont prêts eux aussi à se lancer dans la course poursuite. Le détachement comprend également des sapeurs, des artilleurs, des transmetteurs, des mécanos, des médecins. Presque tous parachutistes de la 11e BP*. « Nous avons affaire à un ennemi extrêmement mobile et qui connaît parfaitement les secrets du terrain, poursuit le chef-opération. Ils utilisent le système des Go-Fast : des pick-up turbo de 8 cylindres et double injection avec lesquels ils peuvent rouler à 160 km/h. Cette zone rocailleuse est une zone de transit. Ils partent du nord Mali chargés de drogue et redescendent avec une cargaison d’armement, de téléphones et de munitions achetés en Libye pour poursuivre le combat plus à l’ouest, dans l’Adrar des Ifoghas. Un parachutage massif et discret permet la surprise et l’ubiquité, elle place l’insécurité dans le camp adverse car ils ne savent plus où et quand nous pouvons les frapper. Hélas, la zone est immense, il y a une part de chance dans notre action… ».

Le soleil n’est pas encore très haut mais il tape déjà fort. Sur leurs points d’appui, les paras écrasés de chaleur se camouflent sous des filets de toile. L’attente est suffocante, la température a dépassé 55° C lors d’une opération précédente. Mais les soldats ne doivent pas bouger, les hommes du désert décèlent de très loin le moindre mouvement suspect sur les crêtes.

Au soir du cinquième jour, la radio crépite. Un pick-up vient d’être aperçu entre deux talwegs. Les hélicos embarquent les tireurs d’élites, et décollent aussitôt. La tension monte avec le jour qui baisse, chaque para scrute les anfractuosités de la roche volcanique. Dans la nuit étoilée, les deux Pumas sont en chasse de leur proie invisible. « Deux solutions s’offrent aux djihadistes, le passage en force, mais ils savent qu’ils n’ont que peu de chance, et l’évitement et la dissimulation », nous confie le colonel Tassel. « Ils excellent dans l’art du camouflage et de l’utilisation du terrain escarpé qu’ils connaissent par cœur ». Ce soir là, le pick-up a choisi le jeu de la souris, il s’est couché dans la nuit, terré dans un creux sombre. Ses occupants ont aspergé d’essence la carrosserie et lancé du sable ocre qui s’y colle aussitôt. Ils se sont délesté de fûts de carburants encombrants et au petit matin ont disparu dans une vertigineuse crevasse. « C’est la première fois qu’ils réussissent à passer au travers de nos griffes, les cinq précédentes opérations ont été fructueuses, les deux premières ont été menées par les légionnaires parachutistes du 2e REP* » reprend le colonel Tassel. « Lors de nos deux dernières actions, nous avons saisi un Land Cruisser avec 60 postes Motorola, 1 500 cartouches, un mortier et 27 obus, 11 roquettes de 107 mm et des équipements militaires en tous genres. Plus tard, un autre véhicule bourré de 500 kilos de drogue, deux fusils mitrailleurs PKM et 2 600 munitions, 2 kalachnikovs et une dizaine de chargeurs, des fûts d’essence, des gilets de combat, des jumelles et une mine de renseignements. »

« Il est certain qu’on préfère les attraper ou les neutraliser, poursuit le lieutenant-colonel Pierre, mais la mission est parfaitement remplie. En perturbant les flux d’approvisionnement des Groupes Armés Terroristes, nous leur lançons un signal fort : ils n’ont plus de zone refuge, nous pouvons les frapper à tout moment et n’importe où. Depuis le début de l’opération Barkhane, ce sont plus de 125 terroristes qui ont été mis hors de combat et 20 tonnes de drogue saisies. Et lorsqu’un pick-up tombe, c’est parfois tout un réseau, une filière complète qui disparaît. On ne fait pas la guerre au terrorisme car le terrorisme est un mode d’action. Mais au moins la force Barkhane contient la menace terroriste aux confins infinis du Sahel ». Le combat continue mais sur d’autres terrains escarpés : dans la poche d’un des quatre djihadistes arrêtés en aout par les parachutistes coloniaux, un portable contenait des numéros de téléphone français...

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La double page d'ouverture du reportage publié dans l'hebdomadaire VSD daté du 8 octobre 2015

12088041 1641468656124094 7228544128071296299 nLes marsouins du 8e RPIMa et du Groupement Tactique Désert Est dans l’Hercule C-130 qui vole vers le nord Niger pour un saut opérationnel ; c’est l’opération Kounama VI.

12096565 1641468702790756 8664246772057593645 nLes marsouins du 8e RPIMa et du Groupement Tactique Désert Est dans l’Hercule C-130 qui vole vers le nord Niger pour un saut opérationnel ; c’est l’opération Kounama VI.

12096443 1641468742790752 3654419950254973542 nQuelques minutes avant le saut, les parachutistes du 8e RPIMa se préparent et écoutent les dernières consignes des largueurs. Dans quelques minutes, ils glisseront dans la nuit noire.

12109098 1641468792790747 4290446076356642623 nQuelques minutes avant le saut, les parachutistes du 8e RPIMa se préparent et écoutent les dernières consignes des largueurs. Dans quelques minutes, ils glisseront dans la nuit noire.

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Les largueurs ouvrent les portes de l’Hercule C-130 et attendent l’ordre de faire sauter les marsouins du 8e RPIMa au dessus d’une immense dune au nord du Niger.

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Les largueurs ouvrent les portes de l’Hercule C-130 et attendent l’ordre de faire sauter les marsouins du 8e RPIMa au dessus d’une immense dune au nord du Niger.

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« Go ! » La lumière verte s’est allumée, les pilotes signalent que l’Hercule C-130 survole la Drop-zone et les largueurs accompagnent les parachutistes jusqu’aux portes latérales d’où ils s’élancent dans la nuit noire.

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Prise par un avion de combat Rafale ; une image infrarouge du largage des parachutistes du 8e RPIMa au dessus d’une immense dune dans la zone des trois frontières au nord du Niger.

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Sous les étoiles dans le désert du Ténéré au nord du Niger, deux hélicoptères Puma de l’ALAT sont en alerte prêts à décoller pour mener la chasse aux pick-up des djihadistes.

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Le colonel Vincent Tassel, chef de corps du 8e RPIMa a été parachuté dans la nuit avec un petit état-major, il dirige les opérations depuis son PC de campagne.

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L’état-major parachuté lors de l’opération Kounama VI quitte la position haute qu’il tenait pour rejoindre le PC tactique où le chef-opération dirige les manœuvres.

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Deux VBL (Véhicules Blindés Légers) du 3e Régiment de Hussards et un pick-up des F.A.N. (Forces Armées Nigériennes) lors d’une mission de reconnaissance dans la région des « trois frontières ».12079332 1641469209457372 8594045717231410255 nUn parachutiste du 8e RPIMa dans le désert du nord Niger en patrouille à la recherche de traces et de plots logistiques djihadistes dans la région des « trois frontières ».

12143089 1641469232790703 4188407780076090892 nDeux parachutistes du 8e RPIMa et du 17e RGP dans le désert du nord Niger en patrouille à la recherche de traces et de plots logistiques djihadistes dans la région des « trois frontières ».

12108820 1641469266124033 6076825175627211774 nDeux VBL (Véhicules Blindés Légers) du 3e Régiment de Hussards et un pick-up des F.A.N. (Forces Armées Nigériennes) lors d’une mission de reconnaissance dans la région des « trois frontières ».12112125 1641469306124029 2278080751759498658 nSurvol en hélicoptère des dunes barkhane du désert du Ténéré dans la région des « trois frontières » au nord du Niger.

12088158 1641469329457360 1676659589382761265 nSur un point haut, deux parachutistes tentent de repérer un pick-up qui vient d’être vu par une patrouille du 3e Régiment de Hussards. La nuit tombe et la visibilité est de plus en plus faible.

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Sur un point haut, deux parachutistes tentent de repérer un pick-up qui a été aperçu par une patrouille alors que la lune brille et illumine le désert.12105965 1641469442790682 7126490377094216793 nLes parachutistes fouillent un massif où aurait pu se camoufler le pick-up qui a été repéré la veille au soir par une patrouille du 3e Régiment de Hussards dans la région des « trois frontières ».

12066050 1641469526124007 5516583385246452842 nLes parachutistes fouillent un massif où aurait pu se camoufler le pick-up qui a été repéré la veille au soir par une patrouille du 3e Régiment de Hussards dans la région des « trois frontières ».

12122828 1641469569457336 1331765367595364167 nLes parachutistes fouillent un massif où aurait pu se camoufler le pick-up qui a été repéré la veille au soir par une patrouille du 3e Régiment de Hussards dans la région des « trois frontières ».

12079614 1641469606123999 1650645281386319965 nEn juin, les paras du 8e RPIMa et les soldats nigériens ont saisi un Land Cruiser avec 60 postes Motorola, 1 500 cartouches, un mortier et 27 obus, 11 roquettes de 107 mm et des équipements militaires en tous genres.(Archives © 8e RPIMa.)

12112432 1641469636123996 3907828751396265056 nSaisie en août : 500 kilos de drogue, deux fusils mitrailleurs PKM et 2 600 munitions, 2 kalachnikovs et une dizaine de chargeurs, des fûts d’essence, des jumelles et une mine de renseignements. (Archives © 8e RPIMa.)

12088166 1641469706123989 4933480554262950592 nLes VLRA s’ensablent fréquemment, il faut alors les tirer avec les VAB et parfois les pousser pour qu’ils sortent du piège.

12096012 1641469739457319 2355201909236759887 nUn VAB s’est lui aussi ensablé, les parachutistes du 8e RPIMa le poussent pour le sortir du piège.

12096062 1641469812790645 6003074678062393883 nA l’entraînement, les parachutistes du 8e RPIMa tirent des missiles antichars Javelin plutôt que de les détruire ; la date de péremption étant atteinte

12118701 1641469869457306 8825368750112318919 nA l’entraînement, les parachutistes du 8e RPIMa tirent des missiles antichars Javelin plutôt que de les détruire ; la date de péremption étant atteinte

11224427 1641470009457292 4601020596156468694 nA l’entraînement, les parachutistes du 8e RPIMa tirent des missiles antichars Javelin plutôt que de les détruire ; la date de péremption étant atteinte.

12072708 1641470036123956 3259447568952512714 nUn camion détruit abandonné au milieu du désert non loin de la fameuse passe de Salvador

12072672 1641470129457280 5268882084644302395 nSur la fameuse passe de Salvador, deux pick-up ont été détruits par des mines jadis posées par les forces armées nigériennes.

mise en page JD  avec autorisation de Thomas Goisque    

Plus de photos ici      http://www.thomasgoisque-photo.com/site.php…#    

 

 

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